Écume d’hiver

Anne-Solange Muis

Anne-Solange Muis  est géographe. Elle a créé la maison d’édition Terre Urbaine, qui publie des essais sur l’écologie, les territoires et la ville. Elle est lauréate du prix Amerigo-Vespucci pour son premier roman, Une île pour elle, déjà finaliste du Prix de la Ville de Carhaix l’an dernier, ainsi que du prix littéraire du Nessay et du Prix Gens de Mer pour son second roman, Écume d'hiver.      

Résumé

Dans le village de Miquelon, l’hiver a tout effacé et l’horizon n’existe plus. C’est ici que sont nés Michel et Jean, deux frères qui vivent de la pêche traditionnelle à la morue. Mais un soir de grand froid, Jean disparaît. Son sort va alors sceller le destin de son fils Yoann, contraint à revenir sur l’île qu’il avait quittée enfant. Se heurtant à un quotidien où la nature guide tout, cet homme devra renouer avec la terre qui l’a vu naître et, qui sait, avec son passé.

À travers des chapitres composés comme des tableaux, Anne-Solange Muis plonge le lecteur dans les paysages et les légendes de Miquelon-Langlade, à Saint-Pierre-et-Miquelon, ce bout de France perdu aux confins de l’Atlantique Nord. Et bâtit, avec une langue d’une infinie sobriété, le décor immense d’une vibrante histoire de transmission.

Ce qu'en pense le jury

Écume, ce qui, à la surface, obture plus ou moins la profondeur. Hiver des saisons, du climat, des vies. Cela même constitue la trame du roman d'Anne-Solange Muis qui s'était déjà fait remarquer pour son précédent livre, Une île pour elle.

Nous sommes à Miquelon. Jean et Michel, frères, y pratiquent la pêche côtière traditionnelle en doris, comme leur père et..., de longue mémoire de tous ces Basques, Bretons, Normands, Acadiens qui peuplèrent cette île lointaine qu'ils voulurent garder française, et à eux. Jean a épousé une belle infirmière venue exercer son métier. « Trop belle pour lui, trop marin pour elle », constate Michel quand sa belle-sœur quitte Miquelon et Jean, emmenant leur fils Yoann avec elle à Paris. L'enfant éprouve à quel point il est autre et donc mis à l'écart. Et pourquoi son père ne vient-il pas les voir ? Et pourquoi lui ne va-t-il pas en vacances à Miquelon ? Fils abandonné de son père – croit-il – le Miquelonnais deviendra libraire à Nantes dont les brouillards lui rappellent ceux de son île natale : à la pêche aux livres, il fera de la lecture son île, à lui...

Jusqu'à ce que son oncle Michel qui, depuis longtemps ne donne plus grand signe de vie, lui annonce le décès de son père. Assister aux obsèques ? Oui, tout de même.

Le retour de Yoann à Miquelon : choc et bouleversement complets, quand le ressaisit l'odeur puissante d'iode, d'algues, de poisson et de froid, dans l'air et les maisons et jusque sur les gens : des taiseux, acharnés à leur travail qui est la vie, la vie de soi-même et des siens. Et ils aiment leur Miquelon et sa rudesse, le poisson qu'ils attrapent, le gibier qu'ils traquent. Ils aiment tout simplement le fait d'être là, de faire ce qu'il y a à faire. Et pas de discours inutiles sur tout cela ! Ils sont comme bien au chaud entre eux, dans le resserrement de leurs us et coutumes, respectueux des gens et de la nature. Il aura beaucoup à réapprendre, Yoann, jusqu'à ce père méconnu. Au fond, sous les apparences, qui a abandonné qui ? Et que signifie ce mot ?

Mariant ethnologie et poésie, puissance des descriptions, brièveté des dialogues et aphorismes ciselés, Anne-Solange Muis a réussi magistralement un roman qui enchante l'imaginaire et donne chaud au cœur.

Yannick Pelletier
Membre du jury du Prix du roman de la Ville de Carhaix