24-25 octobre 2020

Jean Bothorel, président d’honneur de l’édition 2012

Biographie

Jean Bothorel, né le 12 mai 1940 à Plouvien (Bretagne), est un journaliste et écrivain français.

Il est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques (Sciences Po).

En 1963, il est nommé, sous De Gaulle, au cabinet de Raymond Marcellin ministre de la Santé. En 1964, il entre comme attaché parlementaire au cabinet d'Yvon Bourges, alors secrétaire d'État chargé de la Recherche scientifique, puis de l'Information. 

En septembre 1965, il crée avec Yvon Bourges Bretagne Magazine, un mensuel qui paraîtra jusqu’en avril 1968.

Quittant la fonction publique pour  le journalisme, il participe à la création de L'Expansion en 1967, aux côtés de Jean Boissonnat et de Jean-Louis Servan-Schreiber. En 1969, il intègre La Vie Catholique comme grand reporter jusqu'en 1977. Il fera de nombreux reportages au Vietnam et dans le Tiers Monde, dont plusieurs pays africains. 

Début 1977, il participe à la création du Matin de Paris, lancé par Claude Perdriel, le propriétaire du Nouvel Observateur. Il sera l’éditorialiste de ce nouveau quotidien. 

Début 1983, il quitte Le Matin de Paris et devient éditorialiste,  membre du comité éditorial du Figaro où il travaillera auprès d’Alain Peyrefitte. 

En 1986, il fait un passage rapide à L'Express comme rédacteur en chef et revient au Figaro.

Pendant toute cette période, il dirige aussi la Revue des deux mondes, la plus vieille des revues intellectuelles françaises, créée en 1829.  

Il a publié de nombreux ouvrages, dont des biographies historiques, comme celle de Louise de Vilmorin (Prix Goncourt de la biographie) ou celle de Georges Bernanos, mais également des biographies contemporaines, dont celles de François Pinault, de Valéry Giscard d’Estaing, de Jean-Jacques Servan-Schreiber, d’Ernest-Antoine Seillière, de Vincent Bolloré, ainsi que des ouvrages d’entretiens, notamment avec Pierre Mendès France et Raymond Barre avec lesquels il était très lié.

 

Préface

Le Salon de l’identité bretonne

 

Parler « identité » n’est pas, on le sait, politiquement correct. Y a-t-il pourtant meilleure occasion que le Festival du livre de Carhaix pour poser la question : qu’est-ce qu’un Breton ? 

Voilà, en effet, près de vingt-cinq ans que pendant deux jours, Carhaix devient la grande vitrine de notre langue, de notre histoire, de notre culture, bref, de notre identité. Aucun autre Salon du livre ne défend avec autant de volonté et de continuité la richesse de nos racines. 

Mais, dira-t-on, comment peut-on définir l’identité bretonne ? Je me souviens d’un jour de février 1964 où je croisais par hasard Alain Resnais, d’origine vannetaise. L’année dernière à Marienbad, Lion d’or au Festival de Venise, avait été un événement cinématographique. 

« Croyez-vous, lui avais-je demandé tout de go, qu’il existe une spécificité bretonne, un tempérament breton ? 

- Je ne sais pas, m’avait-il répondu. En revanche, quand vous êtes entré dans ce bureau, j’ai tout de suite deviné que vous étiez breton. Il doit donc exister sinon un caractère, du moins un physique breton. 

- À la sortie de L’année dernière à Marienbad, une revue allemande estimait que votre film, par la mélodie des mots, la répétition des plans, l’absence de temps, renvoyait aux légendes celtiques, en particulier, au cycle de la Légende arthurienne.

- C’est exact, je l’ai dit moi-même. Alain Robbe-Grillet, brestois et auteur des dialogues, constata, comme moi, en écrivant les dernières lignes du scénario, que l’héroïne avait peut-être rencontré la Mort et que, au fond, ce perpétuel retour à l’insaisissable, cette recherche du souvenir  qui bute sur l’éternelle absence, c’est peut-être une idée de la mort, thème essentiellement celtique, breton. Il y a aussi le « cycle » lequel s’accompagne d’un mystère, d’une idée de rêve, thème également breton. Il y a enfin la poésie, avec ce côté romantique. D’ailleurs, le courrier comme les conversations que j’ai pu avoir m’ont révélé que cette poésie était fondamentale, que le spectateur était pris ou rejetait l’œuvre en bloc. »

Notre identité est cet étrange et troublant sentiment qui, consciemment ou inconsciemment, nous porte en nous parlant d’un pays nommé Bretagne. Être breton, n’est-ce pas tout simplement ressentir le besoin de l’être ? N’est-ce pas exister pour ce que nous sommes, c’est-à-dire les représentants d’une communauté humaine et culturelle spécifique ?

Plusieurs enquêtes récentes — dont certaines menées par les pouvoirs publics —  démontrent, s’il en était besoin, notre désir d’affirmer encore et toujours notre identité. Ainsi 65 à 70% de nos compatriotes — c’est un record — se disent très attachés à la Bretagne, alors que dans les régions sans identité forte il n’y a que 30% des habitants qui revendiquent ce même attachement. Chez nous, les nouvelles générations n’affichent-elles pas leur identité avec orgueil et un humour tranquille ? En témoignent le succès des « Vieilles charrues », du Festival Interceltique ou des « festoù-noz » ; en témoignent les aventures d’ « À l’aise Breizh » et d’Armor Lux ou la vogue des ouvrages comme Mémoires d’un paysan bas-breton et Les Bretonnismes, dont les tirages talonnent ceux du Prix Goncourt ; en témoignent les ventes spectaculaires des CD de Nolwenn Leroy ainsi que le rayonnement de tous ces pionniers qui ont su inscrire la musique bretonne dans la modernité, tels Alan Stivell, Yann-Fanch Kemener ou Cécile Corbel.

Cette revendication légitime de notre identité n’a évidemment rien d’un repli sur soi ou d’un rejet de l’autre. J’aime à citer ces mots de mon ami Xavier Grall : « Quand mon pays vient frapper à l’huis de mon cœur, j’aime à entendre Milik Glenmor, bien sûr, mais encore Joan Baez, Judy Collins et tant d’autres… Et quand on ouvre ainsi, à partir de ce que nous sommes et à partir de nos berges, toutes les portes du monde, notre goût de l’imagination se saisit de la peine du monde et en fait quelque chose de neuf, de précieux, d’infiniment merveilleux. »  Ou encore les mots Armand Robin, cet exilé de la Bretagne : « Rostrenen nie que j’aie bougé. Je reviendrai ne parlant que chinois, ce lieu très têtu clamerait que je ne parle que breton. Je vous prie, dites-moi, quel moyen d’échapper à Rostrenen ? » 

Dans le chaudron du marché mondialisé, l’identité, ou la singularité identitaire, est plus que jamais l’enjeu de notre devenir.

Je ne veux pas oublier, pour conclure, le « Prix Bretagne - Prix Breizh », doté par le groupe Bolloré, présidé par Philippe Le Guillou, et dont j’assure l’organisation. Le hasard fait bien les choses puisque cette année nous avons couronné le roman de Claire Fourier, Les Silences de la guerre, qu’a distingué à son tour le jury du Prix de la Ville de Carhaix. Les Silences de la guerre renvoie précisément à notre identité qui toujours entremêle, fût-ce en temps de guerre, le rêve et la réalité dans une quête obstinée du Graal.

Jean Bothorel