24-25 octobre 2020

La poésie bretonne dans tous ses états…

Alors que quotidiennement nous sommes accaparés, sans parfois pouvoir l’éviter, par « les voleurs d’attention » que sont les écrans numériques, la poésie reste un moyen à la portée de tous, simple et pourtant universel, « de recréer, de repenser le monde, en renouvelant sans cesse ses propres sensations au contact des autres. » Pascale Senk (journaliste spécialisée en psychologie) estime que la « poésie permet de produire des éclats de langage libérateur qui permettent de sortir du discours social conventionnel et de partager son sens poétique avec autrui. » « La force poétique va chercher en nous, grâce à ses mots, ces nombreuses zones de sensibilité qui nous habitent et qu’on active que très rarement », affirme pour sa part Jean-Joseph Julaud (écrivain), tandis que Christilla Pellé Douël (journaliste) estime que « par essence, la poésie est un moyen de s’élever car elle permet de toucher ce que nous avons de plus sensible en nous, elle est un outil de développement personnel. » « Elle nous remet en contact avec ce qu’il y a de plus sensible dans l’existence en stimulant notre inconscient dans lequel la sensibilité s’éprouve. C’est un moyen d’atteindre ce qu’il y a de plus vrai, de plus sensible en soi en mettant du sens sur certains mots. On trouve dans la poésie des choses, des réponses que nous ne saurions pas exprimer de manière spontanée. Et si ça nous touche autant, c’est parce que la poésie en appel à l’imaginaire et met subitement en suspens la partie rationnelle de notre cerveau. » Pour démontrer combien un poème peut pénétrer au plus profond de nous les psychologues expliquent souvent que les poèmes ou certains chants qui sont parfois des poèmes mis en chanson, « sont parmi les dernières choses dont se souviennent les malades d’Alzheimer. »

La Bretagne apporte incontestablement sa contribution à l’œuvre universelle poétique avec sa propre sensibilité. La poésie, de langue bretonne ou française, s’y porte bien et sans remonter très loin dans le temps, nous pouvons citer des noms connus : Xavier Grall, Anjela Duval, Youenn Gwernig, Armand Robin, Pêr-Jakez Helias, Danielle Collobert, Ronan Huon, Reun ar C’halan… La liste serait trop longue à publier. Aujourd’hui encore rares sont les revues en langue bretonne par exemple qui ne publient pas à chaque livraison, un deux voire trois ou quatre poèmes. Au début du siècle dernier on pouvait compter, à trente kilomètres autour de Carhaix, pratiquement un poète reconnu dans chaque commune. Cela était dû en partie à l’existence dans la capitale du Poher du journal Ar Bobl et de la revue Ar Vro de Taldir Jaffrennou qui offraient une tribune aux écrivains en herbe et à ceux déjà plus chevronnés. Des publications du même type existaient ailleurs sur le territoire breton. Le dictionnaire des écrivains de Bretagne de Lukian Raoul recense quelques noms d’auteurs du Kreiz Breizh : à Botmeur : François-Louis Abgrall ; à Spézet : Marie-Louise Chouffeur ; à Saint-Goazec : Jean Roudot ; à Gouezec : René le Moigne ; à Pleyben : Yeun ar Gow ; à Poullaouen : Prosper Proux ; à Kergloff : Joseph Barguil ; à Laz : Jean Bihannic ; à La Feuillée : Jean-François Bothorel ; à Landeleau : Jean Corentin Bouard ; à Bonen : Marie-Philomène Cadoret ; à Plouguer (Carhaix) : Georgina Le Manac’h ; à Carhaix : Hippolyte Laterre, François Jaffrennou ; à Lennon : Jean-Louis Henry ; à Trébrivan : Jean-Marie Coutellec ; à Scrignac : Jean-Yves Cozic ; à Bolazec : Anne-Marie Roparz… Vouloir les énumérer tous serait fastidieux.

Aujourd’hui encore des revues, en breton et en français, permettent aux poètes de publier leurs œuvres sans trop de difficulté, même si l’avenir de certaines publications n’est pas forcément assuré. On ne dira jamais assez l’importance du travail, souvent discret et bénévole, des soutiers de la littérature qui font vivre ces revues. Citons quelques titres publiant de la poésie en Bretagne : Hopala, Spered Gouez (publié chaque année par le festival du livre de Carhaix depuis 25 ans et dirigée par Marie-Josée Christien), Digor, Littérales, Al Liamm, Al Lanv, Aber…

On y retrouve parfois les œuvres de poètes bretons reconnus comme Paol Keineg, Yann Ber Piriou, Pierre Tanguy, Hervé Carn, Marie-Josée Christien, Yann Ber Piriou, Bernez Tangi, Alain Kervern, Jacques Josse, Gérard Le Gouic, Youenn Kervalan… La liste est longue confirmant que la Bretagne reste bien une terre de poésie. Comme l’écrivait Armand Robin, originaire de Rostrenen, « La Bretagne, c’est un univers ou si on veut, c’est une patrie mondiale… Cette Bretagne universelle, cette Bretagne qui n’est pas localisable, c’est pour nous le point de vue de l’âme, ce qui est encore plus haut que le point de vue de l’esprit. Il se trouve que ce lieu parfait de l’âme se trouve aussi par nature le lieu parfait du génie poétique. » On ne s’étonnera donc pas que le prix Goncourt 2019 de la poésie ait été décerné à un Breton, le Trégorois Yvon Le Men ou que le haïku, genre littéraire japonais, marqué essentiellement par sa concision, fasse également florès en Bretagne, tant en français qu’en breton.

Le festival du livre de Carhaix 2020 mettra en avant cette richesse littéraire.

Affiche 2020, réalisée par Olwenn Manac’h

 

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Dans le contexte sanitaire actuel, l’organisation de la 31e édition du Festival du livre en Bretagne de Carhaix, prend un caractère particulier pour nous, mais aussi pour l’ensemble de la filière du livre que notre manifestation entend promouvoir depuis maintenant 30 ans. 

Avec nos partenaires habituels — la ville, le Département et la Région — nous faisons le maximum pour faire en sorte de recevoir le mieux possibles à Carhaix, les 24 et 25 octobre, les auteurs, les éditeurs et le public malgré les contraintes sanitaires. Nous voulons cependant faire plus et ne pas rester sur une attitude attentiste. La situation actuelle nous oblige. 

À notre modeste niveau, nous venons de lancer une campagne afin d’interpeller les Bretonnes et les Bretons en les invitant à soutenir la culture et à offrir des livres.